Que faire après une agression sexuelle ?
Les premières démarches à réaliser
Après une agression sexuelle, la priorité reste la sécurité et les soins. Dès que possible, il est recommandé de se rendre dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie pour déposer plainte, ou à défaut de faire au moins une « main courante » si l’on n’est pas prêt à porter plainte immédiatement. Il est fortement déconseillé de se laver, de changer de vêtements ou de jeter ce que l’on portait au moment des faits. Les vêtements, sous-vêtements et tout objet potentiellement porteur de traces biologiques doivent être conservés dans du papier kraft ou des enveloppes propres, puis remis aux enquêteurs. Il est également possible d’appeler le 15, le 17, le 18 ou le 112 en cas d’urgence ou de danger immédiat.
Une consultation médicale rapide est indispensable, de préférence dans un service d’urgences ou une unité médico-judiciaire lorsque cela existe. Le médecin prend en charge les blessures, propose une contraception d’urgence pour prévenir une grossesse non désirée, un traitement prophylactique contre le VIH dans les délais utiles, ainsi que des traitements pour limiter le risque d’infections sexuellement transmissibles. Cette consultation permet aussi de constituer un dossier médical qui pourra servir de preuve dans le cadre d’une éventuelle procédure judiciaire.
Ce que recouvre la notion d’agression sexuelle
Une agression sexuelle désigne tout acte à caractère sexuel commis sans le consentement libre et éclairé de la personne. Il peut s’agir ou non d’un contact physique. Les agressions sexuelles recouvrent aussi bien les attouchements et contacts imposés que les formes plus graves comme le viol, les abus sexuels sur mineur, l’inceste, certaines formes de prostitution forcée, la pornographie impliquant des mineurs ou encore l’exhibition sexuelle. Au plan psychologique, il s’agit d’un acte de violence qui vise à exercer un pouvoir et une domination sur la victime, quel que soit l’âge, le genre ou l’orientation sexuelle de celle-ci.
Le viol est défini par le code pénal comme tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise. Sont concernés les rapports vaginaux, anaux ou buccaux, quelle que soit la partie du corps ou l’objet utilisé, dès lors qu’il n’y a pas de consentement. Depuis les réformes les plus récentes, la notion de contrainte inclut aussi l’abus de vulnérabilité, par exemple lorsque la personne est sous l’emprise de l’alcool, de médicaments, d’un handicap ou d’un état de choc qui l’empêche de se défendre ou de refuser clairement.
L’entretien médical et l’examen clinique
L’entretien médical vise à recueillir avec précision les circonstances de l’agression, afin d’orienter l’examen clinique, les prélèvements et les traitements. Il doit être conduit avec tact et respect, de manière à ne pas constituer une nouvelle violence pour la victime. Le médecin interroge sur le déroulement des faits, le lieu, l’heure, l’identité ou la description de l’agresseur si elle est connue, l’usage éventuel de substances, la présence d’armes ou de menaces, ainsi que sur les antécédents médicaux et éventuellement gynécologiques ou sexuels. La victime peut se faire accompagner par une personne de confiance lorsque cela est possible.
Aucun examen ne doit être pratiqué sans l’accord explicite de la victime. Le médecin explique chaque étape, son objectif et ses conséquences. Lorsque la victime est mineure, l’examen est adapté à l’âge, se déroule en présence d’un majeur référent et tient compte de sa vulnérabilité particulière. L’examen général recherche des lésions traumatiques sur l’ensemble du corps, en accordant une attention particulière aux zones fréquemment touchées lors des violences, comme le cuir chevelu, le cou, le thorax, l’abdomen, les membres, les faces internes des cuisses et les zones périnéales.
Chez la femme, l’examen gynécologique est réalisé par une personne formée et se déroule de manière progressive. Il commence par l’inspection de la vulve et des structures externes, avec une description précise des éventuelles traces de violence. L’examen de l’hymen, lorsqu’il est indiqué, doit être rigoureux, sans conclusions hâtives, car l’état hyménal ne permet pas à lui seul de prouver ou d’exclure un viol. L’examen peut être complété par un toucher vaginal, si la victime l’accepte, et par un examen anal en cas de suspicion de pénétration ou de violence dans cette zone. Chez l’homme, l’examen porte également sur les organes génitaux, la marge anale et les régions corporelles exposées aux coups ou aux contraintes physiques.
Les prélèvements médico-légaux et les examens complémentaires
Les prélèvements médico-légaux sont réalisés pour rechercher des traces biologiques, des spermatozoïdes, des cellules, des microfibres, des résidus de produits ou des marqueurs d’infections sexuellement transmissibles. Ils doivent être faits avec des gants, identifiés, étiquetés et scellés selon une procédure rigoureuse afin de garantir la chaîne de conservation des preuves. Les prélèvements peuvent être effectués au niveau vaginal, anal ou buccal en fonction du récit de l’agression, ainsi que sur la peau, les vêtements ou les ongles si des griffures ou des contacts violents ont eu lieu.
Des analyses sanguines et urinaires permettent de dépister la syphilis, les hépatites, le VIH, d’évaluer l’état général de la victime et, chez la femme en âge de procréer, de rechercher une éventuelle grossesse. Dans certains cas, des examens d’imagerie sont nécessaires pour vérifier l’existence de lésions internes ou de traumatismes associés. Une hospitalisation de courte durée peut être proposée si l’état physique ou psychologique le justifie, ou si la victime est particulièrement vulnérable, par exemple en cas de tentative de suicide, de choc traumatique majeur ou d’absence de solution d’hébergement sûre.
Signalement, plainte et procédure pénale
Le médecin peut, avec l’accord de la victime majeure, informer le procureur de la République lorsqu’il constate des sévices ou des violences qui lui font penser que des infractions sexuelles ont été commises. Lorsque la victime est mineure ou une personne vulnérable, le signalement devient une obligation déontologique et légale. Le signalement ne se substitue pas à la plainte, mais peut déclencher l’ouverture d’une enquête préliminaire ou la saisine d’un juge d’instruction. La plainte peut être déposée dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, quel que soit le lieu de l’agression.
La victime peut se constituer partie civile pour participer à la procédure et demander réparation de ses préjudices. Elle a le droit de se faire accompagner par un avocat, un proche ou un représentant associatif lors de ses auditions. Des associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles proposent un soutien juridique, social et psychologique, et peuvent orienter vers des structures adaptées. Le délai de prescription des crimes sexuels a été allongé ces dernières années, en particulier pour les faits commis sur mineurs, ce qui permet d’engager des poursuites plusieurs années après les faits lorsque la parole se libère tardivement.
Prise en charge psychologique et suivi
Au-delà de la dimension médicale et judiciaire, la prise en charge psychologique est essentielle. Les agressions sexuelles peuvent entraîner un état de stress aigu, des troubles du sommeil, de l’anxiété, des symptômes dépressifs, des conduites d’évitement ou des reviviscences traumatiques. Il est aujourd’hui établi qu’un accompagnement psychologique précoce réduit le risque de séquelles à long terme. Un entretien avec un psychologue ou un psychiatre, parfois dès les premières quarante huit heures, permet d’initier une parole, d’évaluer le retentissement psychique et de proposer un suivi adapté.
Cet accompagnement peut prendre des formes diverses, de la psychothérapie de soutien à des approches spécifiques des traumatismes, comme certaines thérapies cognitives et comportementales ou des approches centrées sur l’événement traumatique. La durée et l’intensité du suivi dépendent de la situation de chaque personne, de son entourage, de ses antécédents et des ressources disponibles. Il est également possible de recourir à des groupes de parole, à l’aide d’associations de victimes ou à des dispositifs d’écoute téléphonique et en ligne, présents sur l’ensemble du territoire.
Les agressions sexuelles chez les hommes : un tabou qui recule
Les agressions sexuelles touchent aussi les hommes, même si elles restent moins souvent révélées. Le viol d’un homme peut être le fait d’un agresseur masculin ou féminin. Les mécanismes de violence, la culpabilité, la honte et le silence sont souvent renforcés par les stéréotypes sur la virilité et la sexualité masculine, ce qui retarde parfois la demande d’aide. Pourtant, les conséquences physiques et psychologiques sont tout aussi graves que chez les femmes. Les mêmes droits s’appliquent à tous, quel que soit le genre : accès aux soins, dépôt de plainte, expertise médicale, accompagnement psychologique et indemnisation des préjudices.
Les professionnels de santé sont aujourd’hui sensibilisés à cette réalité et encouragés à proposer une écoute sans jugement à tout patient exprimant, même de manière indirecte, des signes de violence sexuelle. Les associations, les numéros d’écoute et les structures d’aide aux victimes sont également ouverts aux hommes, aux personnes transgenres et non binaires, qui peuvent avoir des besoins spécifiques mais bénéficient du même cadre légal de protection contre les violences sexuelles.